English Русский

Collot d'Herbois:

Portraits dont l'attribution est contestée

A voir également: 


1. Collot d'Herbois / Baron de Damas / J.-B. Isabey / Tallien

J.-M. Collot d'Herbois. Miniature de Jean-Baptiste Isabey (1767-1855).

Le portrait a paru dans La civilisation et la Révolution Française de Albert Soboul, 1970.

Mais est-ce bien Collot d’Herbois? On prétend que Isabey eut peint un portrait en miniature de Collot (V. la Biographie de Isabey par Marc Allégret, dans la Revue du souvenir napoléonien, no. 321, 2000) pendant la période où le jeune peintre jouissait de la protection de Jacques-Louis David, c'est-à-dire entre 1792 et 1795. Seulement Collot dHerbois était-il âgé de 42 à 45 à cette époque, tandis que le jeune homme du portrait paraît avoir une vingtaine d'années de moins.

Portrait d'inconnu, en buste. Jean-Baptiste Isabey. Miniature sur ivoire. Louvre.

C'est sans doute la photo de cette miniature (un détail) qui apparaît dans le livre de A. Soboul. Cette miniature a été léguée au musée de Louvre en 1910. Bulletin des Musées de France pour cette année-là en fait mention avec la notice suivante: "une miniature représentant peut-être Collot d’Herbois". Aujourd'hui, le site de Louvre n'évoque guère le nom de Collot d’Herbois à propos de ce portrait. D'ailleurs, il nous signale que le modèle est probablement à identifier avec Ange-Hyacinthe Maxence, baron de Damas.

Général Maxim I. Damas. George Dawe. Circa 1827. Musée de l'Hermitage, Saint-Petersburg.
Fils d'émigrés, Ange Hyacinthe Maxence, baron de Damas, fut emmené en Russie à l'âge de dix ans en 1795. Il commença sa carrière militaire au service du tsar Alexander I, avant de retourner en France en 1814. En Russie, il était connu sous le nom de Maxime Ivanovitch Damas.

Il existe quelque ressemblance entre Damas sur le portrait de Dawe et le jeune homme de la miniature d' Isabey. Cependant l'absence de Damas de la France jusqu'à l'âge de 29 ans rend une rencontre entre lui et Isabey peu probable.
Le jeune homme de la miniature d'Isabey paraît avoir moins de 25 ans. En plus, il est presque certain que Damas aurait choisi de poser en tenue militaire.

Ange Hyacinthe Maxence, baron de Damas. Miniature sur porcélaine. Louis-François Aubry (1767-1851) d'après J.-B. Isabey. Milieu du XIXème siècle.

Aubry était un étudiant d'Isabey. Cette copie de la miniature de Isabey porte une inscription au dos: "Isabey par Aubry". L'original pourrait-il être un autoportrait de Jean-Baptiste Isabey? On peut certainement observer une ressemblance entre le modèle et le peintre, au moins tel qu'il nous apparaît sur deux portraits ci-dessous, l'un peint par François Gérard, et l'autre étant un autoportrait d'Isabey datant de la même époque.

Source: www.bonhams.com.

Portrait de Jean-Baptiste Isabey avec sa fille Alexandrine (détail).
François Gérard. 1795. Paris. Louvre.

Il y a une certaine ressemblance physique entre Isabey et le jeune homme de la miniature en question. Mais il y a une importante différence: les yeux d'Isabey sont marrons sur ce portrait; les yeux du jeune homme dans la miniature en question sont bleus; la version copiée de Aubry montre également un jeune homme aux yeux bleus. Or Maxence de Damas, tel comme on le voit au portrait de George Dawe, a les yeux bleus.

Jean-Baptiste Isabey (détail), autoportrait. 1795. Collection Wallace.

On notera que dans ce portrait comme dans celui peint par Gérard, les yeux d'Isabey sont marrons et non pas bleus.

Jean-Lambert Tallien. Miniature de Arbaud. Ce portrait apparaît dans 9 Thermidor de Emmanuel Berl (Hachette, L'histoire par image, Paris 1965).

Il est évident que cette miniature ressemble de très près celle de Isabey. S'agit-il d'une autre copie de la miniature de Isabey? Ou bien la miniature de Isabey fut-elle une copie du portrait de Tallien peint par Arbaud? Tallien avait 28 ans en 1795, époque à laquelle la miniature d'Isabey et celle d'Arbaud auraient dû être peintes.

Ce portrait de Tallien, que nous présentons ici pour le comparer avec le modèle de la miniature d'Isabey et celle d'Arbaud, vient de l'Histoire des journaux et des journalistes de la révolution française de Léonard Gallois, 1846. Le style de cravate et la coiffure de Tallien s'accordent avec les images des miniatures d'Isabey and d'Arbaud mais la ressemblance s'arrête là.

D'autres portraits connus de Tallien supportent encore moins l'hypothèse qu'il puisse être le sujet de la miniature d'Isabey.

EN CONCLUSION...

Bien qu'il soit possible que Isabey eut peint un portrait de Collot d'Herbois entre 1792 et 1795, le portrait ci-contre représente certainement un personnage différent, plus jeune et vêtu à la mode de la période thermidorienne. Comme nous l'avons déjà noté plus haut, le jeune homme de la miniature doit avoir tout au plus 25 ans; s'il s'agissat de Collot, alors la miniature aurait dû être peinte vers 1775 au plus tard, donc à l'époque où Isabey avait huit ans. Puisque la signature de Isabey n'est pas contestée, nous pouvons affirmer avec quelque certitude que le jeune homme sur la miniature ci-contre n'est pas Collot d’Herbois.


2. Collot d’Herbois / Fabre d’Eglantine

Collot d’Herbois (Jean-Marie). Conventionnel, membre du Comité de Salut Public.

Ecole française du XVIIIe siècle.


On peut acheter ce portrait en affiche au
www.allposters.fr et au www.art.com.

Cette version du même portrait a paru dans Les Contemporains, № 1003 du 31 décembre 1911. Elle accompagnait un article de J. Furet, Jean Marie Collot d'Herbois, conventionnel (1750-1796).

Or est-ce un portrait de Collot d’Herbois? Ceci est très peu probable.

Dès que nous aurons examiné les portraits et gravures qui ont pu servir de base à ce portrait, il nous restera peu de doute sur l'attribution correcte de ce portrait.

Ph. Fr. Naz. Fabre d'Eglantine : député du dép. de Paris à la Convention nationale. Gravure anonyme publiée en 1793 chez Basset (Paris). Bibliothèque Nationale, Paris.

Le portrait a été probablement tiré sur le vif, et publié en 1793 à Paris tandis que Fabre était encore vivant.

Source: gallica.bnf.fr

Ph. Fr. Naz. Fabre d'Eglantine. Gravure de Louis-François Mariage d'après un portrait peint par François Bonneville. Publié en 1796 par Bonneville. Bibliothèque Nationale, Paris.

Le portrait de Bonneville s'inspire certainement de l'estampe de 1793 (plus haut), dont il fait miroire. Pourtant il ne s'agit pas d'une copie exacte. Bonneville a dû voir Fabre aux Jacobins et à la Convention, ainsi il pouvait faire appel à sa mémoire ou peut-être aussi à des dessins ou croquis qu'il aurait pu faire de Fabre à l'époque.

Sources : www.culture.fr et gallica.bnf.fr.

Philippe François Nazaire Fabre d'Eglantine. Miniature de Jean-Baptiste Sambat. Gouache sur ivoire. Fabre tient dans sa main le manuscrit de sa plus célèbre pièce de théâtre, Le Philinte de Molière. Source : www.en.expertissim.com

La date de ce portrait nous est inconnue, mais nous savons que Sambat, juré au Tribunal révolutionnaire et un des secrétaires à la société des Jacobins, connaissait personnellement Fabre et fréquentait le même cercle d'amis. Sambat est également auteur de quelques portraits des membres de famille de Fabre d'Eglantine.

Ayant vu la série des portraits ci-dessus qui représentent sans aucun doute Fabre d'Eglantine, et dont l'un ou l'autre doit nécessairement être à l'origine du portrait ci-contre, la force est de conclure que c'est bien Fabre d'Eglantine, et non pas Collot d'Herbois, qui figure sur ce portrait.


3. Collot d’Herbois / Jérôme Pétion

"Collot d’Herbois." Gravure de Giovanni Minatelli. Imprimé à Venise chez Catterin Minatelli et Comp.

Ce portrait figure, entre autres, dans l'article consacré à Collot dans la Encyclopaedia Britannica.

La gravure de Giovanni Minatelli est en fait un portrait de Jérôme Pétion de Villeneuve. Cf les portraits de Pétion ci-dessous.

Jérôme Pétion de Villeneuve. Portrait dessiné d'après nature. 1791.
Gravure à l'eau forte, aquatinte, pointillé.

Source: gallica.bnf.fr

Jérôme Petion. Député de Chartres à l'Assemblée Nationale en 1789.
Gravure de Fiesinger d'après J. Guérin. Probabement circa 1790-1791.

Ce portrait offre une ressemblance remarquable à la gravure de Minatelli dont il est une image miroir presque parfaite.

Jérôme Pétion: député du département d'Eure-et-Loir à la Convention Nationale. 1796.
Gravure de Jean-Baptiste Gautier d'après François Bonneville.

Source: gallica.bnf.fr

Le dessin de Bonneville aurait dû être exécuté du vivant de Pétion (qui s'était tragiquement suicidé au côtés de Buzot en 1794). En tout cas, ce portrait tend à prouver que le sujet représenté est certainement Pétion et non pas Collot. Or François Bonneville avait personnellement connu Pétion ainsi que Collot dHerbois (qui il a d'ailleurs dessiné au moins deux fois). Il est donc quasiment impossible d'imaginer que Bonneville eût pu confondre les deux images.

Il paraît bien plus raisonnable de supposer que le graveur et l'imprimeur vénitiens Giovanni et Catterin Minatelli, fussent tombés victimes d'une fâcheuse confusion qui eut pour conséquent la substitution d'un portrait de Pétion pour celui de Collot d'Herbois.


Voir la gallerie Collot d’Herbois: Portraits des XVIII & XIX siècles

Voir la gallerie Collot d’Herbois: Portraits modernes

Voir la gallerie Collot d’Herbois: Images & scènes avec sa participation

Retour à la page d'accueil

Tous droits réservés. Copyright © Alla Jacobs 2006-2015.