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Jeune Elève
de Melpomène,
Dis-moi donc, quel espoir trompeur
Te porte aujourd’hui sur la scène?
Sans intrigues, sans protecteur,
Sans luxe, sans expérience,
Avec un cœur plein de candeur,
Des talents et de la décence,
Y chercherais-tu le bonheur.
Dans cette
brillante carrière
Où tu t’efforces de courir,
La Sagesse reste en arrière
La Volupté fait parvenir.
Hélas! les routes de la gloire
N’y mènent plus qu’au repentir
Et les neuf filles de Mémoire
Ne sont que filles de plaisir (1)
Bientôt
un railleur élégant,
Dans un pointilleux badinage,
Persiflera bien joliment
Ton projet si fol... d’être sage;
Nos Turcarets, tous murmurants,
Glorieux de leur ignorance,
Vont dans vingt cercles opulents
Critiquer avec impudence
Ta modestie et tes talents,
En blasphêmant ton innocence.
Ainsi qu’on
voit un satyre éffronté
Poursuivre une nymphe légère,
Et, sans redouter le tonnerre,
Insulter la divinité
Et profaner son sanctuaire,
Ainsi dans leur brutalité
On voit ces enfants de luxure,
Esclaves d’un honteux désir,
Profanant de leur bouche impure
La fleur... qu’ils ne peuvent cueillir.
Mais, ô
prodige!... ô Destinée!
Hypermnestre! (2) Quel changement!
Déjà dans mon âme étonnée
Naît le transport du sentiment,
Tout spectateur devient Lyncée,
Tous ont les yeux de ton Amant,
Et la cabale consternée
Après un long frémissement,
Meurt... devant la Scène étonnée,
Au bruit de l’applaudissement.
Pour toi
ma crainte était frivole,
Le vice n’est plus notre idole,
Et le Français homme de bien
Ose devenir le soutien
De la vertu qui le console.
D’un Maître qui nous rend heureux,
Le doux exemple nous attire,
Une Reine, objet de nos voeux, (3)
A tes succès daigne sourire,
La pudeur est belle à ses yeux,
Minerve la chérit, l’inspire;
Les grâces, les ris et les jeux
Font l’ornement de son empire.
Qu’elle est digne de notre encens:
Elle a fait naître l’heureux temps
Où les méchants ne peuvent nuire
Au triomphe des vrais talents.
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